Dossier Carême 2012 : Sortir de l'anesthésie spirituelle


Le « lundi pur », début du carême chez les orthodoxes

 

Chez les orthodoxes, le « Lundi pur » marque le début du Carême. Le Père Hyacinthe Destivelle o.p., responsable du Centre de recherches Istina (1) nous éclaire sur le sens et le déroulement de ce temps de préparation à Pâques dans l'Orthodoxie.


Le Carême est un temps de pénitence, entre le mercredi des Cendres et Pâques.Enseignement conforme à la doctrine contenue dans la révélation.Ensemble des Eglises d'Orient séparées de Rome


Comment se vit concrètement l'entrée en Carême dans l'Orthodoxie ?

Il existe, chez les orthodoxes (comme chez les catholiques de rite byzantin) un « pré-Carême » de plusieurs semaines, rythmé par quatre dimanches : le « Dimanche du publicain et du pharisien », le « Dimanche du fils prodigue », le « Dimanche du jugement dernier ». Le Carême proprement dit commence le soir du « Dimanche du pardon » (En 2009, le 1er mars) : traditionnellement, après les vêpres, chacun demande pardon à ses proches pour ses fautes volontaires ou involontaires, connues ou ignorées. Le lendemain, « Lundi pur » (En 2009, le 2 mars), marque le début du Carême. On ne célèbre donc pas le Mercredi des cendres dans l'Orthodoxie.
 

Pourquoi existe-t-il un décalage avec le calendrier catholique ?

En 2009, la Pâque orthodoxe a lieu  le 19 avril, soit une semaine après la Pâque latine. Depuis le concile de Nicée I (325), tous les chrétiens sont d'accord pour célébrer Pâque le premier dimanche qui suit la première pleine lune de printemps. Le problème est que latins et orthodoxes utilisent, pour fixer cette date, deux calendriers solaires différents : le calendrier « julien » suivi par les orientaux a aujourd'hui 13 jours d'écart par rapport au calendrier « grégorien » des occidentaux, et donc le printemps (21 mars) tombe en réalité le 3 avril. De plus, les tables lunaires utilisées pour le comput de la pleine lune sont aussi différentes (4 ou 5 jours d'écarts). Trois cas sont donc possibles : soit la Pâque orthodoxe a lieu 4 ou 5 semaines après la Pâque latine (comme en 2008), soit une semaine après (comme en 2009), soit en même temps - c'est ce qui se passera en 2010 : catholiques et orthodoxes fêteront Pâques le même jour, le 4 avril.
 

Comment se déroule le Carême orthodoxe ?

Les dimanches du Carême commémorent chacun un aspect du dogme ou de la spiritualité orthodoxe. Le premier dimanche, appelé « Dimanche de l'Orthodoxie », célèbre la victoire de l'Orthodoxie sur l'iconoclasme (fête instituée en 843 à la suite du concile de Nicée II). Les dimanches suivants s'appellent le « Dimanche de saint Grégoire Palamas » (en l'honneur du théologien byzantin qui affirma la possibilité pour l'homme de participer aux énergies incréées de Dieu, selon la doctrine de l'hésychasme), le « Dimanche de la Croix » (Mi-carême), le « Dimanche de saint Jean Climaque » (un des maîtres de la spiritualité orientale) et enfin le « Dimanche de Marie l'Egyptienne ». Le Carême s'achève par le « Samedi de Lazare », précédant le Dimanche des Rameaux qui marque l'entrée dans la Semaine Sainte. Au contraire des catholiques, les orthodoxes n'incluent pas la Semaine Sainte dans le compte des quarante jours de Carême.


Est-ce que le sens du Carême est le même chez les orthodoxes que chez les catholiques ?

Comme pour les catholiques latins, le Carême est pour les orthodoxes avant tout une préparation à la célébration de Pâques. Ce caractère pascal est particulièrement présent dans la répétition des « Alléluia » dans les offices du Carême orthodoxe, ce qui étonne les catholiques. Mais le caractère pénitentiel est aussi très présent. Le jeûne est particulièrement strict : on s'abstient de tout produit animal, de graisse et de vin, sauf les samedi et dimanche. Pendant cette période, aucun mariage religieux, baptême ou fête ne peuvent avoir lieu. Dans le même esprit, la célébration de l'Eucharistie, considérée comme incompatible avec le jeûne en raison de son caractère festif, n'a pas lieu en semaine. Mais le mercredi et le vendredi on célèbre la « Liturgie des présanctifiées » (avec les Saints Dons consacrés le dimanche précédent), comme les latins le font le Vendredi Saint. Le dimanche, au lieu de la liturgie de saint Jean Chrysostome célébrée habituellement, on utilise la liturgie de saint Basile, qui est plus longue et solennelle.
 


© Source : site de la conférence des  évêques de France

(1)  Centre d'études oecuméniques au service de l'oecuménisme depuis 1927 : http://istina.eu/?page=qui-sommes-nous.html 


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Chrétiens orthodoxes : le Grand Carême précédé d’un jeûne graduel



Dans l’Eglise orthodoxe, le Grand Carême (ainsi appelé car il est le plus important des quatre carêmes de l’année liturgique) est précédé d’un temps de préparation de trois semaines appelé aussi pré-carême qui déjà ouvre le Triode qui s’achèvera le Samedi Saint. Il s’ouvre par le dimanche du Pardon.

Cette année 2012 le dimanche du pardon est le 26 février, et le dimanche de Pâques le 15 avril.

Il est ponctué par :

- le dimanche du publicain et du pharisien (Luc 18, 10-14).
- Le dimanche du fils prodigue (Luc 15, 11-32).
- Le dimanche du Jugement dernier (Mt 25, 31-46). 
- Et le dimanche du Pardon. (Mt 6, 14-21).


Au fur et à mesure de ces dimanches, nous entrons progressivement dans le jeûne, et dans l’abstinence de tous les produits animaux et leurs dérivés, et également dans l’esprit du repentir, la metanoia, qui est bien plus important que le jeûne lui-même. Tous les offices du carême vont conduire les fidèles à entrer dans un temps totalement différent, qui va les renouveler entièrement. A la fin des vêpres du dimanche du pardon, les fidèles s’inclinent les uns devant les autres pour se demander mutuellement pardon1. Ainsi s’ouvre le Carême, tandis que le chœur chante quelques chants de Pâques.

Plusieurs offices ou prières propres à ce temps liturgique lui donnent sa couleur particulière : le Grand Canon de St André de Crète, la liturgie des présanctifiés (car la Divine Liturgie n’est pas célébrée en carême du lundi au vendredi), l’office de l’acathiste à la Mère de Dieu, l’anaphore de St Basile pour la Divine Liturgie des dimanches. Et à l’inverse de l’Eglise latine, l’alleluia grave et recueilli est une des caractéristiques du Carême.

Parmi toutes les hymnes et prières, l’une d’entre elles, la Prière de St Ephrem, peut être considérée comme la prière de Carême, elle est dite à chaque office tout au long du jour accompagnés de prosternations. Une sorte de radieuse tristesse parcours tous ces offices qui sont plus longs et dont la structure est différente de ceux du reste de l’année.

Accompagnés davantage de lectures bibliques (mais moins du Nouveau Testament). Ceci rappelle que ce temps était le temps privilégié de préparation des catéchumènes au baptême et que ces lectures servaient de catéchèses. Notons aussi que le jeûne est constamment en lien avec la conversion du cœur, le combat contre les passions et l’amour du prochain.

Le Grand Carême lui-même est ponctué par 5 dimanches :

- Le dimanche de l’orthodoxie ou des Saintes Icônes,
- et le dimanche de Grégoire Palamas.
- Puis le dimanche de la Croix marque la mi-carême et reçoit donc une importance particulière. Comme l’arbre de vie fut planté au milieu du Jardin d’Eden, ainsi l’arbre de la croix au milieu du temps de jeûne. L’évangile (Mc 8,34-9:1) nous rappelle les paroles si graves : «Si quelqu’un veut me suivre, qu’il se renie soi-même, se charge de sa croix et me suive.». Quelques hymnes de ce dimanche ont la même mélodie que des chants de l’office de Pâques afin qu’à la mi-temps de notre effort un encouragement nous soit donné par quelques prémices des lueurs de la Résurrection.
Puis viennent :
- le dimanche de saint Jean Climaque ;
- et le dimanche de Ste Marie L’Egyptienne.

Le samedi suivant appelé Samedi de Lazare, nous célébrons la résurrection de Lazare, avant d’entrer dans le Dimanche des Palmes et la Grande et Sainte Semaine, qui débouche sur le Grand et Saint Jour de Pâques : Fête des fêtes et Solennité des solennités. Qui sera suivi de la Semaine Radieuse ou semaine du Renouveau.


© Source : Par Sandrine Caneri, vice-présidente orthodoxe de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France, AJCF, 19 février 2012 
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