Dossier Carême 2012 : Sortir de l'anesthésie spirituelle


Le Carême chez les protestants, inconcevable …

 

« Le Carême ne se vit pas en général chez les protestants pour la bonne raison que, la grâce de Dieu étant gratuite, une préparation à Pâques qui passe par des privations ou autres pratiques méritoires ne se justifie pas. C'est même inconcevable pour nous.

Nous ne ratons pas pour autant une occasion de vivre la rencontre avec le Dieu auquel on croit dans les grandes fêtes comme Noël et Pâques. Mais nous ne célébrons pas le mercredi des Cendres. Si nous faisons des choses, ce n'est pas pour être aimés de Dieu, mais parce que nous sommes aimés de Dieu. Nous ne sommes jamais redevables de quoi que ce soit. Les collectes, les bols de riz, tout cela c'est à longueur d'année chez nous ! Si nous organisons, à la Fédération protestante de France, des conférences de Carême depuis 1928, c'est d'une certaine manière pour faire écho au Carême catholique et faire entendre une prédication autour de l'Évangile. (1)

Notre message unique, c'est la croix : à quoi cela a-t-il servi que Jésus soit mort sur la croix ? Comme je suis aumônière à la prison des femmes de Rennes, qui regroupe les détenues purgeant les plus longues peines en France, je rencontre trois fois par semaine des femmes qui, elles aussi d'une certaine manière, ont été mises à mort. Pour beaucoup, ce sont des femmes qui ont tué, très souvent parce qu'elles-mêmes ont été tuées à petit feu par un mari qui les battait… J'essaie de leur annoncer le Christ, une parole qui relève, et, de temps en temps, cela marche, ces femmes courbées se remettent debout.

Et le Carême, pour nous, c'est la même chose : annoncer cet Évangile. Nous avons choisi justement de donner six méditations autour de la phrase de l'Évangile : « Laisse les morts enterrer leurs morts », c'est à dire « laisse tout ce qui peut t'emprisonner, laisse toutes tes pratiques religieuses et ne regarde que la foi, la bonne nouvelle de Dieu. Tourne-toi vers la vie, mais pas pendant le Carême seulement… »

 

Recueilli par Céline HOYEAU
© Source : La Croix février 2010, repris sur le site Bayard le 19 février 2012

 

(1) Conférences du Carême 2012, de 16 heures à 16h30, du 26 février au 1er avril 2012 sur France Culture. www.careme-protestant.org 




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Les protestants, en principe, n’observent pas de carême

 


Pour dire les choses brutalement : il n’y a pas de tradition protestante française du Carême.

En nuançant, on peut dire que certains luthériens, en Alsace - Moselle, à Paris, commencent le Carême avec le mercredi des Cendres le 22 février 2012, comme les catholiques, que les réformés ont institué des conférences de Carême, et que les églises protestantes sont plus autonomes que les paroisses catholiques !

Le protestantisme est pluriel : réformés, luthériens, évangéliques … etc. Il est donc difficile de donner des informations précises pour l’ensemble des protestants. Nous souhaitons néanmoins éclairer quelques points souvent éludés ailleurs en parlant des chrétiens en général alors que la tradition citée est uniquement catholique.

Voici ce que dit le site Carême Protestant de l'Église Réformée :

- Qu’est-ce que le Carême pour les Protestants ?
Le Carême ne fait pas partie de la tradition protestante. Essentiellement pour des raisons historiques. Au tout début du protestantisme, les Réformateurs ne se sont pas prononcés à son sujet. Le carême était trop associé à un contexte de bonnes œuvres, à un esprit de contrition contradictoire avec l’idée de Grâce. Par la suite, tout ce qui ne relevait pas de la Grâce seule a été rapidement abandonné. De ce fait, le carême est tombé en désuétude chez les protestants, qui sont, de surcroît, relativement étrangers au fait de se fixer des règles de conduite pour une période particulière.

- Aujourd’hui, quelle place peut-on donner au Carême au sein de notre Église Réformée ?
Cela fait maintenant plusieurs années que l’Église Réformée retrouve l’utilité de ce temps précédant Pâques. Il n’existe, bien entendu, aucune règle institutionnelle en la matière. Mais le Carême peut, dans notre vie chrétienne, correspondre à un temps de réflexion. Une période pendant laquelle on peut se demander, ou se redemander, ce que signifie être disciple du Christ dans notre quotidien. Autrement dit, ce temps devient l’occasion de prendre du recul, de faire un bilan des orientations que l’on donne à sa vie. En mesurant l’écart entre la réalité et ce que Dieu pourrait attendre de nous. Cela procède plus de la réflexion que d’actes concrets, et plus de la pédagogie chrétienne que du fondement de la foi protestante.

« Le Carême est inconcevable pour nous protestants » Pour l’aumônière protestante à la prison des femmes de Rennes, « Le Carême ne se vit pas en général chez les protestants pour la bonne raison que, la grâce de Dieu étant gratuite, une préparation à Pâques qui passe par des privations ou autres pratiques méritoires ne se justifie pas. C’est même inconcevable pour nous. […] Si nous organisons, à la Fédération protestante de France, des conférences de Carême depuis 1928, c’est d’une certaine manière pour faire écho au Carême catholique et faire entendre une prédication autour de l’Évangile. »

Et pourtant il existe un carême protestant alsacien.
Le livret des lectures dominicales de l’UEPAL 2012 annonce mercredi 22 février, le mercredi des cendres, début du carême. A Paris, l’Église luthérienne célèbre un Office régional des cendres le Mercredi 22 février 2012 pour marquer l’entrée en Carême. Depuis quelques années l’inspection ecclésiastique de Paris propose le geste de l’imposition des cendres au cours d’un culte régional. « Au début, nous avons hésité, mais il nous a semblé que ce geste avait un sens très fort, explique Marie-France Robert, ancienne inspectrice ecclésiastique. Nous le vivons comme un geste de pénitence, au cours d’un service qui invite à se placer en vérité devant Dieu. » Les textes bibliques du mercredi des Cendres sont les mêmes que ceux de la liturgie catholique, mais les luthériens n’y célèbrent pas la Sainte Cène, « car nous sommes ce jour-là dans une démarche de pénitence et d’attente », indique Marie-France Robert.

Et nous ne parlons pas de toutes les églises protestantes : la fédération protestante de France est constituée de 26 unions d’Églises. Il est donc difficile de dire ce que le Carême représente pour elles.

Nous pouvons retenir que :
Le Carême ne fait pas partie de la tradition protestante. Cependant pour certains d’entre eux, le Carême est devenu un temps de réflexion avant Pâques, avec des conférences ou des rites proches de ceux des catholiques.


© Source : Amitié judéo-chrétienne de France, 20 février 2012
in
http://www.jerusalem-religions.net/spip.php?article4314